8. Genève

En septembre 1997, elle part pour la Suisse. Son départ définitif n'était pas prévu à l'origine. Ce pays avait toujours été un rêve pour elle d'autant plus que dans un régime autoritaire il était difficile de sortir du pays, surtout pour quelqu'un qui n’était pas communiste.

Lors de son premier voyage, elle découvre Genève et son jet d’eau: coup de cœur.

Mais il lui fallut souvent retourner en Pologne pour donner des concerts et des récitals, déjà planifiés en avance.

De retour en Suisse, la pianiste se sent en vacances et apprécie ce repos puisqu'en 5 ans d’activité de pianiste concertiste et enseignante, elle n’avait pas réussi à prendre un seul jour de congé.

Au fil de ses vacances genevoises prolongées, c'est le coup de foudre qui finit par un mariage deux ans plus tard.
C’est aussi un mariage musical: son mari et elle forment un duo violon-piano et ses produisent en Pologne, en France comme en Suisse

Joanna et Klaus

Elle interprète aussi  un très beau répertoire de concertos: 2ème et 3ème de Rachmaninoff  et 1er de Tchaikowsky (Victoria–Hall de Genève) et le concerto en mi- mineur op.11 de Chopin, tout cela sous la baguette de son époux, aussi chef d’orchestre.

Concert au Victoria Hall, 16 décembre 2000
Victoria Hall, 16 décembre 2000, 3e concerto de Rachmaninoff


Nouvelle vie, nouvelle langue, nouveaux amis: tout est extrêmement différent de la vie en Pologne. Certaines choses sont positives, mais d'autres le sont moins…

Elle décide alors d'acheter un Steinway, rêve irréalisable en Pologne. Là-bas elle possédait un assez bon piano « Lippe and sons », mais la qualité était loin d'être celle d’un Steinway.
1997 encore un concert inoubliable: à l’eglise de Gex : le Concerto mi mineur de Chopin, toujours avec son mari chef d’orchetre .

Supportant difficilement de vivre sans enseigner, elle envoie son dossier au Conservatoire de Musique de Genève qui lui répond que sa carrière de pianiste est si développée qu’il serait dommage de la sacrifier à l’enseignement… en lui souhaitant une bonne continuation.
Elle se demande alors:« Et si je ne veux pas continuer, et que j'ai envie de changer? »

Après avoir gagné un concours pour un poste de professeur de piano au Conservatoire Populaire de Musique en 1999, la pianiste avale la pilule amère du contraste total entre les écoles de musique suisses et polonaises (mais peut-être qu'à Genève c'est un peu particulier…?)

Au départ de ses premiers élèves, elle se décourage complètement. Elle comprendra plus tard que ce n'est pas elle la responsable. Il y a énormément de raisons : manque d'envie, de motivation, divorce des parents, cours de foot ou de tennis (plus intéressants), manque d'intérêt pour les devoirs...

Elle constate que durant ses 10 ans d’enseignement en Pologne, 1 seul de ses élèves a arrêté le piano pour devenir médecin.
En Suisse en revanche, en 5 ans d’enseignement, environ 3 personnes abandonnent chaque année.
On dirait que ça bouge beaucoup en Suisse, n’est-ce pas… ?

Elle remarque aussi que les jeunes amateurs qui étudient sérieusement adorent vraiment la musique. Peut-être parce que ce n'est pas leur métier...?
Alors qu'en Pologne, les jeunes ressentent plutôt cela comme une obligation. C'est la compétition et l'envie d’être les meilleurs qui les pousse à faire de la musique.
En 2001, la pianiste, un peu provoquée par une cohabitation musicale intense, fonde avec son mari, Klaus Maurer et sa voisine, Nathalie Saudan (tous les deux violonistes) « LE QUINTETTE OPUS 23 ».  Kaspar Maurer, altiste, et Denis Guy, violoncelliste, se joignent à l'aventure.


Quintette Opus 23

Les cinq musiciens unis par leur passion commune pour la musique de chambre,  jouent Chostakovitch, Brahms, Dvorak et d'autres grandes oeuvres écrite pour cette formation.

En 2002, la pianiste projette de réunir les deux mondes de musiciens polonais et suisses par un échange culturel. Elle sait qu'il y a un certain risque d’échec à cause des énormes différences de niveaux, de motivation et de mode de vie. Elle relève tout de même le défi en se disant que de toute manière en Pologne, les choses devraient bientôt changer aussi. En effet, avec l'amélioration du niveau de vie, moins de monde s'intéresse à la musique…
Elle organise elle-même de A à Z le premier échange en juin 2003 et reçoit l'aide financière du Conservatoire Populaire de Musique.

En 2004, ce sont les Suisses qui se déplacent en Pologne et c'est un bel échange. Voyez vous-même!

Echange avec des élèves de Pologne
                         Excursion à LubostronEchange avec la Pologne



Fin 2004, elle reçoit une très interessante proposition du CPM de donner un masterclass, consacré aux Mazurkas de Chopin.

En 2005 aussi … Et la pianiste espère élargir l'échange en 2007, en invitant les Indiens à partager leur musique et leur culture ... Ce rêve reste à organiser.

Au bout de quelques années, la scène lui manque beaucoup malgré le fait qu'elle ne l'a jamais vraiment abandonnée. Elle est cependant devenue plus rare et plus petite, exception faite de la magnifique scène de Victoria Hall où elle interprète le 3ème concerto de Rachmaninov sous la baguette de son mari.

Elle prépare alors un plan stratégique.
Elle enregistre les 12 études op.25 de Chopin, la IIIème Sonate ainsi que la Polonaise op.53 sur un CD (troisième disque de sa carrière).

Suite à la sortie de son disque, elle constate avec déception que ni la presse ni la radio suisse ne s'intéressent vraiment à cet événement alors qu'en Pologne, son public et les médias ne l'ont pas oubliée, et suivent toujours de près son actualité...

Suite... les projets!