Enseignement


Joanna Brzezinska-Maurer
photo : Nicolas Lieber

1990  elle  a décidé d'essayer d'enseigner aux côtés de son professeur à L’académie de Musique de Frédéric Chopin à Varsovie, en tant qu'assistante... Elle fait ce choix pour vivre un peu plus aisément.
Malgré le grand nombre d'étudiants et les très bons échanges avec eux, la pianiste part de la capitale pour aller travailler à 200 Km de là à Bydgoszcz pour  créer sa propre classe cette fois-ci avec de plus jeunes élèves âgés entre 15 et 19 ans. 

En 1992, pour des raisons inconnues, on lui demande de devenir la doyenne du Lycée de Musique à Bydgoszcz. La tâche est très difficile à porter…Mais elle se lance quand même.

Cette doyenne est très active, elle organise des concours, des conférences, des masterclass, des discussions, des sorties avec les élèves. Elle entretient de très bonnes relations avec ces derniers et obtient un bon soutien de la part de la  direction. Les collègues, en revanche, ne sont pas toujours stimulants, voire plutôt dérangeants.

Aujourd‚hui, la plupart d'entre eux sont devenus solistes ou enseignants. On trouve aussi parmi ses élèves une compositrice, une accompagnatrice, des chambristes, mais aussi une claveciniste!

Quelques uns de ses élèves participent maintenant, avec succès à différents concours nationaux, festivals et concerts.
 
En 1995, elle crée avec sa professeur de musique de chambre, Barbara Halska un masterclass pendant les vacances, pour les jeunes pianistes et instrumentistes à cordes (Nowy Sacz)
La première édition démarre très bien avec 30 participants polonais et quelques étrangers. Pendant deux semaines, les élèves donnent entre 3 et 4 concerts.
Ce master class existe encore aujourd’hui et se développe fort bien, mais la pianiste a échangé sa place avec un collègue Suisse, celui grâce à qui elle partira  à Genève quelques années plus tard…

Après avoir gagné un concours pour un poste de professeur de piano au Conservatoire Populaire de Musique,(1999) la pianiste avale la pilule amère du contraste total entre les écoles de musique suisses et polonaises (mais peut-être qu' à  Genève c'est un peu particulier…?)

Au départ de ses premiers élèves, elle se décourage complètement. Elle comprendra plus tard que ce n'est pas elle la responsable. Il y a énormément de raisons : manque d'envie, de motivation, divorce des parents, cours de foot ou de tennis (plus intéressants), manque d'intérêt pour les devoirs...

Elle constate tristement que durant ses 10 ans d’enseignement en Pologne, 1 seul de ses élèves a arrêté le piano pour devenir médecin.
En Suisse en revanche, en 5 ans d’enseignement, environ 3 personnes abandonnent chaque année.
On dirait que ça bouge beaucoup en Suisse, n’est-ce pas… ?

Elle remarque aussi que les jeunes amateurs qui étudient sérieusement adorent vraiment la musique. Peut-être parce que ce n'est pas leur métier...?
Alors qu'en Pologne, les jeunes ressentent plutôt cela comme une obligation. C'est la compétition et l'envie d’être les meilleurs qui les pousse à faire de la musique.


En 2002, la pianiste projette de réunir les deux mondes de musiciens polonais et suisses par un échange culturel. Elle sait qu'il y a un certain risque d’échec à cause des énormes différences de niveaux, de motivation et de mode de vie. Elle relève tout de même le défi en se disant que de toute manière en Pologne, les choses devraient bientôt changer aussi. En effet, avec l'amélioration du niveau de vie, moins de monde s'intéresse à la musique…
Elle organise elle-même de A à Z le premier échange en juin 2003 et reçoit l'aide financière du Conservatoire Populaire de Musique.
Echange 2003
1er échange Concert au Musée de la Croix-Rouge

En 2004, ce sont les Suisses qui se déplacent en Pologne et c'est un bel échange. Voyez vous-même!


Echange avec les élèves de l'Ecole de musique de Bydgoszcz
2ème échange -Excursion au Château de Lubostron

Fin 2004, elle reçoit la proposition très intéressante du CPM de donner un masterclass, consacré aux Mazurkas de Chopin. 15 élèves du CPM et quelques professeurs ont partagé le miracle de beauté de la musique de maître polonaise. (Vidéo sur chapitre "Voir").


Echange avec la Pologne
Textes de Peter Minten, directeur du Conservatoire populaire de musique de Genève.

Printemps  2003
Au mois de juin 2003, sur l’initiative de Joanna Maurer Brzezinska et Klaus Maurer, une dizaine d’élèves polonais d’une école de musique de Bydgoszcz en Pologne sont venus à Genève pendant une semaine. Ils ont monté un programme de musique de chambre avec une dizaine d’élèves du CPM chez qui ils logeaient. Le fruit de cette collaboration a été donné en concert à la « fête de la musique » et au Musée de la Croix-Rouge.
Du 14 au 21 avril de cette année, les élèves genevois ont fait l’« expérience retour » en Pologne. Au nombre de 24, accompagnés de quatre professeurs, Joanna Maurer-Brzezinska, Magali Dami, Eva Minten et Klaus Maurer, ils se sont rendus à Bydgoszcz pour êtres accueillis dans les familles d’élèves polonais pour le séjour et par leurs professeurs pour le travail musical.

Les élèves étaient pour moitié instrumentistes à cordes et pianistes, ils ont travaillé avec les élèves polonais des pièces de musique de chambre ; l’autre moitié comptait de jeunes choristes de la maîtrise qui collabora avec le chœur d’enfants de l’école polonaise. En fin de séjour, un concert présenta le travail effectué et un orchestre dirigé par Klaus Maurer réunissant une trentaine d’élèves suisses et polonais accompagna la maîtrise dans le « Codex bestiarum » de Tadeusz Kassati et des élèves solistes dans un concerto pour quatre violons de Vivaldi.

Le séjour a été ponctué de différentes visites, tour de ville avec petit déjeuner offert par la Maire de Bydgoszcz, cours de Polonais, match de uni-hockey (9 à 3 pour les genevois), visite de la magnifique ville de Torun, sans compter toutes les petites choses en « famille ».

Expérience enrichissante pour un groupe de faire un tel voyage, les élèves auront été marqués par la chaleur de l’accueil des familles polonaises, la différence des cultures (surtout la nourriture…), et la facilité de jouer la musique ensemble malgré la langue. Les professeurs auront remarqué la différence fondamentale de l’enseignement de la musique dans une école dans laquelle tous les élèves sont réunis toute la semaine pour apprendre les disciplines musicales parallèlement aux disciplines générales.

Le projet a été organisé par Joanna et Klaus Maurer, René Meyer et Claire Barral, il a été soutenu par le service des affaires culturelles du DIP, la Ville de Genève et la fondation SUISA.


Peter Minten - avril 2004
Qui a accompagné le groupe pendant les premiers jours


Printemps 2006
Une soixantaine d’élèves du Conservatoire populaire de musique rentrent de voyage ces jours, les uns du Midi de la France, les autres de Toscane, les derniers de Pologne...
...En ce qui concerne la Pologne, c’est le quatrième volet de cet échange avec le conservatoire de Bydgoszcz et le deuxième déplacement en Pologne. Cette fois-ci, ce sont les élèves de l’ensemble à vent de Matthias Ernst qui sont partis avec quelques instrumentistes à cordes qui complétaient l’ensemble (violoncelles essentiellement). Toujours piloté par Joanna et Klaus Maurer, le projet consistait, cette fois-ci, à former un grand orchestre, avec les 25 Genevois et 25 élèves polonais, pour interpréter des oeuvres de Mozart : 1er mouvement de la symphonie en sol mineur et concerto pour flûte et harpe sous la direction de Klaus Maurer avec Sébastian Jacot comme soliste ; de John Williams, la suite de Star Wars sous la direction de Matthias Ernst et une spécialité, importée de Genève et montée sur place :
une improvisation orchestrale sous la direction de Jean-Marc Aeschimann, professeur à l’Institut Jaques Dalcroze, qui a travaillé tous les jours avec l’orchestre afin de préparer ce moment d’improvisation orchestrale à 50 musiciens ! Cet événement, hors de la portée de l’imagination même pour les polonais, caractérise l’esprit de cet échange. L’école polonaise est, en réalité, un lycée musical, dont tous les élèves (de 7 à 18 ans) se destinent à une carrière de musicien, une école préprofessionnelle en quelque sorte, et nos élèves ont baigné, pendant une semaine, dans cet environnement stimulant, habitant chez les élèves polonais, les côtoyant au long de la journée, et une grande émulation est née de cette proximité et de ces contacts. A l’inverse, l’apprentissage de la musique, conçue comme développement de la personne, sans ambition professionnelle préalable, dans un environnement institutionnel mais extrascolaire, n’existe pas en Pologne, il n’y a pas d’école de musique au sens où nous l’entendons ! Il y a bien un certain nombre de professeurs privés qui répondent à la demande de gens aisés en général, mais l’éducation musicale n’est pas c o n s i d é r é e comme une tâche publique. Cette confrontation de cultures institutionnelles a provoqué des échanges passionnants, relayés même par la télévision polonaise.

Les 25 élèves et professeurs genevois en
Les 25 élèves et professeurs genevois en
promenade avec leurs hôtes polonais


Finalement, il convient de relever la forte motivation qui est à la base de ce genre de projet. Celle des professeurs qui les suscitent, et celle qui est générée, par de telles expériences, auprès des élèves. Une semaine d’immersion, dans un pays étranger, dans un travail musical intensif, avec des camarades, connus ou nouveaux, pour se produire devant un public nouveau, dans des lieux inconnus, laisse certainement des traces durables, émotions fortes, artistiques et sociales, ressources motivantes pour ce travail de longue haleine qu’est l’apprentissage musical.

Rencontre officielle
Rencontre officielle

De telles entreprises ne sont évidemment possibles que grâce à un grand engagement des professeurs qui sont en général à l’origine du projet, et fortement impliqués dans sa réalisation ; il est à relever que ces derniers font cela dans le cadre de leur enseignement, par enthousiasme, par intérêt personnel et pour notre école. Il faut également des moyens financiers, et si la participation des élèves a pu être maintenue à un niveau bas, on notera la participation du Fonds de solidarité des Amis du CPM qui a soutenu les projets Pologne et Toscane, celle de la Ville de Genève ainsi que de l’Etat de Genève; la participation financière du CPM est réduite à portion congrue, mais n’oublions pas le précieux soutien de notre administration.

Peter Minten
Avril 2006 - Peter Minten a accompagné le groupe en Pologne pendant 2 jours.